Interview - Alexandre Blain : le coaching en confinement heureux!

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Interview - Alexandre Blain : le coaching en confinement heureux!

Ex-coureur cycliste professionnel, notamment au sein du Team Cofidis, le niçois Alexandre Blain a lancé au début du confinement un groupe Facebook appelé « Confinement Body Fighting ». D’abord destiné à ses « coachés », le groupe s’est peu à peu élargi. Confinés que nous sommes, condamnés à faire ronfler nos home-trainers, nous avons été curieux. Nous avons testé… et nous y sommes revenus ! A base de bonne humeur, de pédagogie toujours très claire et imagée mais aussi d’anecdotes tirées de sa carrière de sportif de haut-niveau, Alexandre a mis sa patte et fait vivre de façon très agréable et dynamique ses entrainements en « live » Facebook. Nous avons donc rencontré (virtuellement cela va de soi !) ce cycliste « à la retraite », reconverti dans le triathlon et qui a même été à l’origine de la création d’une cyclosportive ! Histoire de découvrir l’homme… et de vous donner envie de rejoindre vous aussi la communauté « Confinement Body Fighting ». Parce-que le Home-Trainer à plusieurs, c’est quand même plus sympa !

séance home trainer en groupe

Envie de s'entraîner en groupe dans la bonne humeur?

REJOINDRE LE GROUPE "CONFINEMENT BODY FIGHTING"



Granfondo France (GFF) - Alex, depuis le début du confinement tu as mis en place un groupe Facebook nommé « Confinement Body fighting » qui marche plutôt bien. Avant de parler « entrainement », est-ce que tu peux nous rappeler ton parcours de « routier » pour ceux qui (malencontreusement !) ne te connaîtraient pas ?
Alexandre Blain (A-B) -Plus que mon parcours de routier je pense qu'il faut parler de mon parcours de cycliste pour comprendre qui je suis vraiment. Je suis tombé amoureux du vélo il y a plus de 23 ans en commençant par le VTT DH (ndlr-VTT descente). Après avoir cassé trop de « matos » en deux ans, mon père m'a gentiment demandé d'essayer le XC (Cross-country)… afin d'éviter d'alléger son portefeuille. Et très vite je me suis découvert des qualités aérobies indéniables qui m'ont très vite permis d'accéder au haut-niveau et à l'équipe de France. Conscient de pouvoir faire de ce sport sur deux roues mon métier, j'ai aussi compris que la route pourrait m'offrir un plus large terrain de jeu.
A la fin de mes études (Master 2 en Staps) j'ai donc décidé de me lancer à bloc sur la route pour accéder aux rangs « pros ». Il m'aura fallu 4 ans à l'AVC Aix pour parfaire mes armes de pur routier et intégrer l'équipe Cofidis (ndlr-il a fait partie du groupe des « flandriens » du Team auprès de Sylvain Chavanel). J'ai ensuite réussi à m'épanouir à ma façon chez les pros pendant dix années très enrichissantes où j'aurai découvert le World-Tour, mais où j'aurai aussi pris part au développement et à la genèse du cyclisme anglo-saxons au travers des équipes Endura Racing, Team Raleigh et enfin Madison Genesis. J'aurai donc fait le grand écart en participant à des épreuves telles que Paris-Roubaix ou Milan-Sanremo et les fameux « crit » British, les Tour Series.
J'aurai donc dû m'adapter très souvent, passant d'une course à étapes d'une semaine à un « crit » d'1h, musique à bloc en plein centre-ville de Londres par exemple, en moins de 3 jours… mais au final j'adorai ça. C'est ce qui, je pense, m'aura permis de perdurer et de gagner mes courses chaque année.

Alexandre Blain Paris Roubaix

Alex le "Flandrien" sur Paris-Roubaix

 

GFF - Tu t’es aujourd’hui tourné vers le triathlon, nous en reparlerons. Mais tu es du village de Peille (dans les Alpes-Maritimes), le « village des champions » d’où viennent entre autres Nicolas Vouilloz et Fabien Barel (Champions du Monde de VTT DH). Le VTT a donc été ta porte d’entrée vers le cyclisme ?
A-B : Voilà, comme je te disais en amont, c'est en suivant les traces de mes aînés et amis Nico (Nicolas Vouilloz) et Fab (Fabien Barel) que je suis venu au VTT. A cette époque il y avait aussi Nicolas Filippi qui était de 1981 comme moi. Et pendant nos années junior et espoir XC, j'ai toujours fini second sur les coupes de France et Championnats de France. Et aux Mondiaux un seul Français me battait… Le comble c'est qu'il vivait à 2km de chez moi. Je ne pouvais même pas être Champion de mon village. Un vrai Poulidor, mais comme Poupou, ma ténacité et ma longévité m'auront permis de m'exprimer dans le temps et de remplir un palmarès honnête, même si je regretterai toujours de ne jamais avoir eu de Marseillaise pour moi pour un véritable maillot bleu-blanc-rouge. Mais je n'abdique pas, y a les championnats de France pros de triathlon longue distance cette année, à la maison, le 30 août (ndlr- à Cagnes-sur-Mer). Je serai au rendez-vous, je ne lâche rien… Même à 39 piges j’y crois encore (rires).

GFF - Sportif complet donc, mais aussi un joli parcours universitaire je crois ?
A-B : C'est exact, j'ai obtenu un DESS (diplôme d'études supérieures spécialisées, équivalent du Master 2 aujourd'hui) en ingénierie de la préparation physique et Entraînement Sportif à l'UFR Staps de Montpellier après une maîtrise entraînement réussie à l'UFR Staps de Nice un an auparavant.

GFF - Revenons à ce groupe Facebook « confinement body fighting ». Comment est partie l’idée et comment cela fonctionne-t-il ?
A-B : Le jour de l'annonce du confinement complet, je me suis dit : « '' merda '' (ndlr-en niçois dans le texte) comment je vais faire ? Comment vais-je faire pour moi et pour mes athlètes que je coache aussi ? » Après une réflexion rapide et simple, j'ai eu l'idée de faire ce que d'autres faisaient déjà pour des cours de zumba ou de fitness en temps normal, et le jour 2 du confinement, le mercredi 16 mars, je lançais une première session pour voir. J'ai créé ce groupe insolite, privé au début, où j'invitais mes athlètes et quelques proches ou amis de mon club de tri le Team Nissa Triathlon.
Puis très vite ça a plu, et les 15 premières personnes que j'avais invitées m'ont quasiment toutes demandé si elles pouvaient inviter d'autres personnes. Ça a donc fait effet boule de neige et voyant les élans de solidarité et d'efforts collectifs que la France a vu naître aux premiers jours du confinement, je me suis dit que je devais essayer d'apporter ma contribution à ma façon. J’ai donc ouvert en accès libre ce groupe pour essayer de faire profiter de ma bonne humeur et de mes compétences en tant que coach à un plus grand public.
Aujourd’hui nous y sommes plus de 400 membres, 45 cyclistes très actifs quasi quotidien et beaucoup de passages juste pour dire bonjour ou mettre un post sympa sur le live. Ça représente plusieurs centaines de vues et de likes par session et entre 200 et 300 commentaires.
Moi qui ai toujours était loin des réseaux sociaux et de cette communication éphémère impalpable dont les nouveaux sponsors sont si friands, plutôt à l'ancienne, à discuter avec les gens et faire partager mes expériences en réel plutôt qu’en virtuel, j'ai l'impression cette fois-ci que dans un esprit simple, décalé et bienveillant, sans le vouloir, je réalise la communication qu'il leur fallait. Un beau pied de nez non ?
C’est encore meilleur au final quand c’est insouciant comme cela plutôt que maîtrisé pour faire vendre une paire de pompes ou un vélo au travers de « likes » (ce dont j'ai horreur au final même si ça fait partie de mon job parfois).

coachés confinés
Des "coachés confinés" qui s'entrainent dans la bonne humeur lors des live Facebook!

 

GFF – Ce dimanche (19 avril) tu as même animé et participé à une séance en live Facebook, avec le néo-retraité des pelotons Brice Feuillu, pour le magazine Trimax. On imagine que cela a été suivi par beaucoup de monde. C’est une super promo et une belle reconnaissance pour ton boulot ?
A-B : Oui c'est ça, une véritable reconnaissance, car Trimax est un magazine très reconnu dans le monde du triathlon. Ce live aura eu une portée de plus de 19000 vues, plus de 1000 commentaires et entre 250 et 300 cyclistes à suivre l'entraînement que j'avais proposé avec Brice.
Imagine qu'on parte à 300 gars sur la route pour se faire des exos et que tout le monde suive le tempo et tes conseils ? C'est « ouf ». Seul le confinement nous aura permis au final de vivre cela.
Et comme tu dis, avec les retours très positifs que j'ai eu sur ma façon de coacher et d'animer la séance, je pense que oui, ça m'aura fait une belle petite promo pour mon activité de coach et d'organisateur de stages que j'ai ouverte au grand public depuis peu.

Triathlon de Bandol

Victoire au triathlon de Bandol (2016)

GFF – En effet, tu viens de monter ta structure de coaching. Il s’agit d’un marché aujourd’hui très concurrentiel. Comment y vois-tu ton avenir ?
A-B : Auparavant j'étais très exclusif car je ne pouvais être sur tous les fronts. En effet, j'ai toujours coaché, et ce de suite après être sorti de la fac. Après m'être fait mes armes sur quelques sportifs amateurs, j'ai eu la chance de coacher dans le haut niveau car je côtoyais ce milieu. Mais coacher un sportif de haut niveau demande énormément de temps et d'attention et, pour être honnête, c'est très peu rémunérateur comparé à l'investissement fourni.
Depuis que je suis retraité du cyclisme, et même si je suis triathlète pro, désormais j'ai dû m'adapter car mes revenus ne sont plus les mêmes. En clair, en « tri » je ne gagne quasiment rien, même si j’ai une licence pro. J'ai donc dû développer ma structure et élargir son accessibilité. En plus d'être le coach exclusif du Team Canyon Gravity et de quelques coureurs cyclistes ou triathlètes de très haut-niveau, je propose aujourd'hui mes services à plusieurs sportifs demandeurs de progrès ou souhaitant atteindre un objectif fixé. Et pour être honnête, je me régale car je découvre que le sportif amateur de nos jours est lui aussi très demandeur des nouvelles technologies et techniques d'entraînement, et est prêt à s'investir comme un diable pour un objectif personnel. Cette motivation et cette envie de se dépasser me plait et je pense que les labels tel IronMan ou bien Mercan'Tour, qui proposent aux athlètes de relever des défis personnels majeurs, aident en ce sens.

GFF - Coach ok, mais tu as encore des projets et des objectifs « sportifs » je crois, notamment dans le triathlon avec le « Team Nissa Triathlon » ?
A-B : Oui, comme je l'évoquais un peu plus haut, je suis un passionné de sport et de compétition. J'adore encore épingler un dossard le dimanche matin. Sentir cette adrénaline monter me fait encore vibrer. J’ai encore en moi ce besoin de me surpasser, découvrir de nouvelles limites et affronter de nouveaux challenges.
J'ai découvert au sein du Team Nissa Triathlon une véritable famille qui m'aide et me supporte dans mes projets de triathlète pro. En tant que Niçois, cela paraît fou, mais c'est la première fois que je peux enfin porter les couleurs de ma ville sur la scène internationale. Malgré mes 39 ans je suis encore compétitif et peut-être en passe de pouvoir réaliser de beaux exploits si tout se goupille bien. J'ai beaucoup appris depuis 2 ans dans le triathlon et n'ai jamais coupé entre ma carrière cycliste et triathlète. Ce qui est au final un gros avantage, car je suis toujours conditionné pour performer au « max ».
J'ai réalisé mon premier IronMan à Nice l'an dernier ou j'ai fini 12ème. J'ai beaucoup appris sur cette course et découvert énormément de choses. Je suis prêt donc à renouveler le défi et je suis sûr que je peux aller chercher encore mieux.
Et comme je te disais, cette année il y a les championnats de France LD (Longue Distance) à la maison, à Cagnes sur Mer. Une opportunité inouïe de créer un exploit même si cela va être compliqué, car sur le papier il y aura plus fort sur la « starting-list » mais un podium est réalisable.

Mercan'Tour Bonette 2018

Alex s'est même essayé sur quelques "cyclos"...

 

GFF - Chez Granfondo France nous sommes un site essentiellement dédié au monde du cyclosport. Et justement je crois que même dans ce domaine, tu as été aussi assez actif du côté de ton village de Peille ?
A-B : Et oui. Des bons souvenirs car j'avais pu me joindre à l’équipe Mercan’Tour Granfondo dans l'organisation de la 1ere édition de la Mercan'Tour Madone Peille. On avait monté un beau projet qui perdure aujourd'hui (ndlr-l’épreuve fêtera sa 4e édition le 20 septembre prochain). Même si j’ai dû me retirer de l'organisation car sincèrement cela me prenait trop de temps et d'investissement en parallèle de tout ce que je faisais déjà, je suis fier de voir que l’équipe a su rendre cet événement pérenne.
Cela m'a permis de me rendre compte encore un peu plus, même si je le savais déjà, ce que l'organisation d'un tel évènement demande comme investissement temporel et personnel. Mais j'y reviendrai à l'orga c'est sûr, car mon père était déjà très investi dans les organisations d'événements sportifs en son temps, ça me plaît et j'ai ça dans le sang…

 

Merci Alex, de notre côté nous allons continuer à suivre dans la bonne humeur les séances de home-trainer sur le groupe « Confinement Body Fight » jusqu’au 11 mai. Le séances sont variées, ludiques et planifiées sur la semaine. Pour le coup, on ne souhaite pas de prolonger cette expérience plus longtemps ! Ensuite, ce sera retour à l’air libre… espérons-le. Mais grâce au programme d'Alex, le retour à l'extérieur se fera avec un bon coup de pédale!

REJOINDRE LE GROUPE "CONFINEMENT BODY FIGHTING"

Team Nissa triathlon

Sous la tenue du Team Nissa Triathlon

 

Alexandre Blain en bref :

Né à Nice le 7 mai 1981

Diplômé en STAPS (Master 2)

Passe professionnel chez Cofidis en 2008 après avoir porté les couleurs de l'AVC Aix en Provence chez les amateurs. Il y découvre les épreuves World Tour et notamment les épreuves "flandriennes" qu'il affectionne.

Rejoint l'Angleterre en 2010 où il courra pour les équipe Endura, Raleigh puis Madison Genesis jusqu'en 2017, après un court retour en France chez Marseille 13 KTM.

En 2011, il remporte le Tour de Normandie (ainsi qu'une étape) et manque de récidiver pour 3" en 2013 (vainqueur d'une étape également). Il est le premier français à remporter une épreuve du Tour Series en Angleterre en 2010 à Southport

Dès 2016, avant même la fin de sa carrière de cyliste pro, il se dirige vers le triathlon et remporte en octobre l'épreuve de Bandol.

Il vient de créer sa structure de coaching et d'organisation de stages, Garibaldi Sport Consulting.

Niçois et très attaché à sa ville (d'où le choix du nom de sa société, référence au célèbre héros niçois), il est un supporter fidèle de l'OGC Nice!

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